Mademoiselle est célibataire,
Une qualité soigneusement signalée,
Précieusement déclarée,
Sur tous ses papiers d’identité.
Des formulaires de l’administration,
A l’apostrophe du boucher,
Elle se délecte de ces dix lettres
Symboles de liberté…
Cet état exquis, décliné à l’infini,
Dans les soirées mondaines,
les boites, les cafés enfumés,
Fait pourtant d’elle une proie facile
Pour tous ceux qui,
Par un quelconque coup d’éclat,
Pensent remplir le temps d’un soir,
La solitude d’une vie de débauche et d’insomnie.
Mais Mademoiselle,
Dont la beauté étrange,
Yeux de biche, Sourire d’ange,
N’est pas de celle-là…
Mademoiselle,
Patriote du célibat sans ébats,
A un don tout particulier,
Qui fait d’elle un rêve éveillé
Dont seul Morphée connaît la voie.
Mademoiselle rêve tout haut,
Pense tout bas,
A ce que son cœur lui souffle,
Parce que son âme est pure.
Telle une lumière dans la nuit
Elle brave ceux qui par dépit ou par mimétisme,
S’enferment dans une prison,
Dont la porte est sans clés.
Mademoiselle vit,
Sans contrainte, certes,
Mais avec l’envie…
L’envie de croire,
Qu’un jour,
Par un jeu de hasard,
Son cœur trouvera place,
Où se nicher.
Pour atteindre,
Même un court instant,
Sans désir de gloire, ni fortune,
La plénitude, l’ivresse, la folie,
D’un autre cœur pur, aux émotions délivrées.
Alors Mademoiselle est célibataire,
Non pas par choix, ni par vanité.
Mademoiselle est célibataire,
Parce qu’un jour, sans le vouloir, sans l’attendre,
Elle a découvert, lovée dans son scaphandre,
Le pouvoir du sentiment…
Une inclination,
Sans faille ni décodeur,
Une évidence,
Qu’elle sent monter en elle.
Parce que c’était lui, parce que c’était moi,
O Monsieur Montaigne,
Votre parole est d’or,
Pour le cœur de Mademoiselle.
Et, pour finir,
Si Mademoiselle est célibataire,
Ce n’est pas qu’elle fasse la difficile,
Mais parce qu’elle croit,
En toute simplicité,
Que sans amour,
la solitude peut se porter
Avec autant de grâce et d’élégance,
Qu’une précieuse robe de mariée.
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